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Alain Finkielkraut élu à l’Académie française : un péguyste sous la Coupole

Alain Finkielkraut a été élu à l’Académie française au premier tour par 16 voix sur 28. Il succède à l’écrivain belge Félicien Marceau et siégera au fauteuil numéro 21. L’élection du philosophe semble diviser la prestigieuse institution. Certains commentateurs voient dans cet événement l’entrée du Front National au quai Conti, d’autres le retour Charles Maurras. Face à ces inepties, rappelons que Finkielkraut est avant tout un péguyste.

Alain Finkielkraut

Alain Finkielkraut

Alain Finkielkraut entre sous la Coupole. Hâte de le voir arborer le glorieux habit vert, l’épée au fourreau. Alain Finkielkraut est immortel. Qui l’eût cru ? Lui qui donnait l’impression d’un trépas imminent à chaque apparition médiatique : cheveux indisciplinés, lunettes embuées, mains tremblantes intenables et autres « Taisez-vous ! ». L’ancien professeur de X n’avait jamais semblé si fragile que ces derniers mois. On l’aurait bien vu succomber de désespoir face à l’indigence d’un Abdel Raouf Dafri ou d’un Plantu. Mais Finkielkraut a de la ressource. Le voici désormais immortel. Il semble en être le premier surpris, du moins le premier ému.

Il se dit partagé. Heureux car son élection consacre son travail et valide son idée de la France : le fils d’un maroquinier juif polonais peut devenir académicien. Angoissé aussi car il doit à présent se montrer digne de l’honneur qu’on lui fait : lire tout Félicien Marceau (de son vrai nom Louis Carette) et lui rendre hommage dans son discours de réception. Finkielkraut le dit. Il est stressé comme à la veille d’un examen –  éternel élève que cet Alain.

Son élection divise l’Académie. L’année dernière, l’auteur de L’identité malheureuse avait, à ses dépens, suscité la polémique en formulant une critique légitime du progressisme –  « le changement n’est plus ce que nous faisons mais ce qui nous arrive », écrivait-il – et en tentant de réhabiliter le concept d’identité française. Pour Finkielkraut, le fait d’être français ne renvoie pas à la terre et aux morts comme le pense Maurice Barrès (point qu’il faudrait un jour expliquer à Abdel Raouf Dafri) mais à une langue et à une histoire. L’identité de Finkielkraut ne correspond pas à cette machine à exclure qu’est le racialisme. L’identité de Finkielkraut est inclusive. C’est une promesse et un bien qu’il est nécessaire d’entretenir. Finkielkraut invite : « Soyez français ! » car l’esprit français ne peut se réduire à la nationalité. L’identité française se conquiert, elle exige un effort. En bon péguyste, Finkielkraut distingue bien la race du raciste qui renvoie à une hérédité biologique et la race du mystique qui est « la liaison intime d’un peuple et d’une idée ».

Le Front National à l’Académie ?

le Cardinal de Richelieu, fondateur de l'Académie

le Cardinal de Richelieu, fondateur de l’Académie

Comme Péguy, Finkielkraut est un antimoderne (et non un réactionnaire). À ses yeux, le progrès n’est pas synonyme d’avancée. Le philosophe est nostalgique de la France de sa jeunesse, celle de l’assimilation, de la transmission et de la promesse républicaine. Il s’inquiète de voir cet héritage compromis. Pour Finkielkraut, le passé est ce sur quoi se fonde le présent en vue de l’avenir. Une nation ne peut se structurer sans histoire, comme un citoyen ne peut se structurer sans mémoire. Le passé ne s’oppose pas au progrès, il est la condition de possibilité du progrès véritable. Désolidariser l’individu de l’héritage du pays dont il foule le sol, c’est mettre en danger l’idée même de citoyenneté.

Finkielkraut n’est donc pas l’extrémiste que certains esprits mal avisés décrivent. Le minuscule Bruno Roger-Petit, journaliste au Nouvel Observateur, a même eu l’indécence de rapprocher l’élection de Finkielkraut de l’éviction de Charles Maurras. « Avoir éjecté de fait Maurras en 1945 pour élire Finkielkraut en 2014, ce serait un terrible retour en arrière, la démonstration que l’Académie tourne à nouveau le dos au progrès humain pour retomber dans les pires travers réactionnaires qui ont jalonné son histoire », écrit l’improbable chroniqueur. Entre le monarchiste catholique, antisémite et germanophobe et le républicain juif, anti-moderne et péguyste il y a un monde. L’élection de Finkielkraut n’a donc rien à voir avec l’entrée du Front National sous la Coupole ni même avec la résurrection du maître à penser de L’Action française. L’élection de Finkielkraut à l’Académie n’est autre que la sienne propre. Espérons néanmoins qu’il imprégnera le quai Conti de l’esprit d’un immortel non-élu : celui de Charles Péguy.

 

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