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Natacha Polony au Grand Journal de Canal Plus : une réac chez les bobos ?

Nous nous étions réjouis du départ de Natacha Polony d’On n’est pas couché. Nous étions heureux de la savoir loin d’Aymeric Caron. Mais une triste nouvelle nous guette : elle pourrait rejoindre Le Grand Journal de Canal Plus. Nous voilà désormais pantois.

« La question est de savoir pourquoi. » Il est temps de retourner la rhétorique polonyenne contre elle-même. Car nous sommes stupéfaits : Polony passerait à l’ennemi. Elle aurait accepté de collaborer avec l’indigente équipe du Grand Journal de Canal Plus. Elle qui incarne une forme de renouveau dans ce qu’on appelle par une onomatopée ridicule le PAF. Elle qui déborde de matière grise. Elle qui se fait le porte-voix d’une véritable alternative politique. Pourquoi irait-elle se compromettre avec une pareille bande de guignoles – les vrais pas les marionnettes ? On évoque souvent à juste titre le pouvoir de récupération du capitalisme : t-shirts Che Guevara, mugs Mao Tsé-Tong, Olivier Besancenot… Faut-il désormais parler du pouvoir de récupération du Grand Journal ? Polony à Canal Plus… Pourquoi pas Demorand à Minutes ? ou Barbier à L’Humanité ?

La question est de savoir pourquoi. Pour transformer Le Grand Journal de l’intérieur ? Elle qui affirme aimer « les terres de mission » croit pouvoir changer des cerveaux encrassés par trente ans de libéralisme culturel. Sainte Polony descendrait dans le Tartare cathodique pour injecter de l’intelligence. Peut-être veut-elle influencer les téléspectateurs plus que les animateurs ? Quoi qu’il en soit, c’est une évangélisation à haut risque tant le format de l’émission empêche le débat. Comment imposer sa patte entre les pitreries d’un de Caunes, les psaumes antifascistes de Karim Rissouli, les chroniques cultureuses d’Augustin Trapenard et les numéros glamouro-cool d’une nouvelle miss météo ? Polony pour remplacer Aphatie semble-t-il. On ne doute pas à un instant qu’elle fera un meilleur travail que cette vieille buse à 30 000 euros par mois (salaire cumulé avec RTL). Mais cette évidence suffit-elle à justifier une démarche aussi étonnante ? Le Grand Journal est conçu pour assurer le règne du néant : tout est millimétré, les temps de paroles sont très restreints, les publicités ponctuent hystériquement l’émission, les invités défilent à la vitesse de l’éclair…

La télévision rend fou

La question est de savoir pourquoi. Pourquoi ne pas plutôt laisser mourir ce vieux navire fantôme ? En perte de vitesse, la « culture Canal », si on peut affirmer qu’une telle chose existe, cherche à se renouveler, quitte à absorber ce qu’on nomme de manière impropre une des tenantes de la réaction. Cynisme absolu : Polony en sauveuse du Grand Journal ! Alors que ce serait son rôle, son devoir d’achever cette bête malade, de pousser ce qui tombe comme l’écrit Nietzsche. De plus, ce n’est pas l’arrêt de cette horripilante émission qui mettra fin au pluralisme. C’est bien plutôt la possible dissolution de Polony dans la culture Canal qui le met en danger. La télévision rend fou, estiment certains. Espérons que cette vérité, tant vérifiée par les excès d’un Eric Zemmour, épargnera une des plus fines analystes politiques d’aujourd’hui.

La question est de savoir pourquoi. Pourquoi Polony ne se sert elle pas de sa légitimité et du respect qu’elle inspire pour tracer son chemin sans passer par la case Canal Plus ? Pourquoi ne se fait-elle pas un point d’honneur à snober cette baraque qu’elle exècre ? Car la chaîne incarne précisément tout ce que Polony combat, à savoir la quintessence de l’idéologie libérale-libertaire, le festif hypostasié, une outre pleine de vent. Et puis, quoi qu’on en dise, la question du salaire peut difficilement être éludée. Les 1400 euros par émission d’On n’est pas couché font pâle figure en comparaison des gras salaires de la chaîne privée. Accordons tout de même le bénéfice du doute à Polony. Espérons sincèrement qu’elle soit la souverainiste antilibérale décroissante qu’elle prétend être. Espérons sincèrement qu’elle n’ait pas cédé, comme tant d’autres avant elle, aux forces de l’argent.

 

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