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Payet, roi de France

En ouvrant l’Euro 2016 avec une escadrille de chasseurs, la France était bien fidèle à sa tradition millénaire de chanter les deux pieds dans la merde. Le pays est sens dessus dessous, mais les beaux avions et leurs panaches tricolores sont de sortie pour en mettre plein la vue au monde entier. Esprit français.

Pendant tout le match, les joueurs de l’équipe de France se sont montrés inhibés, empruntés, timides, fébriles, perdus. Trop attendus, trop favoris, trop confiants, voire arrogants, avant l’épreuve, et puis la surprise, la dure réalité d’un match à enjeu face à un adversaire entreprenant. « Comment ? Ne sommes-nous pas les meilleurs joueurs du monde ? » Esprit français là encore, face au réalisme, à la discipline et à la malignité des Roumains.

Après le but de Giroud, c’est la libération, et les commentateurs s’enflamment. Au moment où l’un d’eux s’extasie sur le retour contagieux de l’habileté technique, où les Français parviennent enfin à enchaîner plusieurs passes, Tonton Pat’ craque et provoque un penalty. Esprit français toujours : on mène d’un petit but, et on triomphe, on jacasse, on se croit arrivé, on se relâche : «Cocorico ! » Les Français ne sont pas un peuple sérieux : il leur en faut peu pour perdre toute concentration, et l’arrogance pointe à nouveau. Le coq fait le beau. Il en est vite puni, car qui aime bien châtie bien, et Dieu aime le coq, à qui Il a confié la charge d’annoncer la Lumière.

C’est reparti pour plusieurs minutes de souffrance et de doute, d’errances et d’approximations. Le coq a chanté… et c’est la nuit qui est revenue. Mais toujours surnage l’immense Payet, le patron, l’artiste, le seul à porter ses cou… couleurs depuis le début. La France serrait les fesses, tendue, agrippée, qui à son verre de bière, qui à son fauteuil. Payet, lui, souriait quand les visages étaient graves, distribuait des caviars et prenait le jeu à son compte. Les autres joueurs ont compris : dès qu’ils ne savent pas quoi faire du ballon (assez souvent), ils cherchent Payet. « Va ! homme providentiel, débloque la situation, sors-nous de cet Enfer ! » Et deux fois, Payet débloque. Esprit français, des deux côtés : la France désemparée se cherche un sauveur, et le sauveur est là, bien français, français comme l’était le jeune Napoléon enthousiasmant les troupes et les foules.

Payet marque. Payet sauve la France. Payet sort en larmes.

Ces larmes sont l’espoir et la pureté de la France. Un homme capable de pleurer de joie parce qu’il lui a été donné de sauver les siens, un homme à l’innocence des cœurs purs, qui se donnent sans compter au jeu sacré, au Grand Jeu, celui-là doit siéger sur le trône de France, actuellement livré à des calculateurs étriqués, bien français eux aussi, dans leur petitesse, leur médiocrité, leur sécheresse et leurs âmes de boutiquiers.

Payet, c’est ce qu’il reste de grandeur à la France.

Restaurons la monarchie, que Payet fonde une nouvelle dynastie royale, c’est notre seule planche de salut.

 

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