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Quand Dominique de Roux diagnostiquait le malaise français

Les éditions Pierre-Guillaume de Roux republient La France de Jean Yanne (1974) de Dominique de Roux, un essai sous forme d’aphorismes qui montre du doigt les grands renoncements de la France et la mainmise du maoïsme sur le monde culturel des années 70.

Jean Yanne

Jean Yanne

Quel spectacle désolant que « la France de Jean Yanne » quand on est, comme Dominique de Roux, un amoureux de l’énergie créatrice, un révolté par le haut ! La France post-gaullienne, celle des années 70, des mao-spontex, des structuralistes, du Nouveau Roman, de Sartre, de Pompidou puis de Giscard est d’autant plus triste que celle des années 2010 n’a rien à lui envier. Ce que Dominique de Roux avait bien compris peu avant sa mort en 1977 n’a fait que s’aggraver : le renoncement à tout ce qui constitue l’authentique esprit français  au bénéfice du nouveau.

En même temps que le Général est tombé, la France a considérablement perdu en altitude. Elle a troqué de Gaulle pour Pompidou, Céline pour Duras, l’art pour la culture, la liberté de ton pour l’esprit de boutique. Et elle s’est troquée elle-même pour la Chine ! C’est de là que vient le titre du livre de de Roux. En 1974, Les Chinois à Paris de Jean Yanne sort dans les salles obscures. Cette comédie qui imagine une France occupée par les soldats de la Révolution culturelle fait scandale. Les maos prennent très mal la comparaison avec la Seconde guerre mondiale. « Sournoise campagne d’intimidation contre les Chinois de Jean Yanne. Des bandes aspergent d’encre de Chine les écrans de province. Un des membres de la société fermière de l’Humanité Rouge va jusqu’à écrire une lettre sur le ton noble, très Pétain, au président de la République : “En ma qualité de Français. En ma qualité d’ancien combattant. Au nom de la liberté démocratique, je vous demande d’interdire un mauvais coup contre la France…” », rapporte le fondateur des Cahiers de l’Herne.

Le « cadavre » français

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Cette nouvelle édition est préfacée par Richard Millet

Le temps de la dénonciation, de la censure, de l’étroitesse a commencé. Crime perpétuel contre l’esprit que cette « France de Jean Yanne » qui n’est autre que celle des mandarins, des inquisiteurs statufiés, des Torquemada immortalisés… La preuve : ils sont encore aujourd’hui bien vivants. Enfin, « vivants » est un bien grand mot puisque ce sont avant tout des porteurs de néant. Conspiration contre la vie, conspiration contre l’art, conspiration contre la transcendance… « la France de Jean Yanne » s’est fixée un objectif : tout rabaisser au niveau du vide. « Jean Yanne, pas plus que Céline ou Molière, ne pourrait être compris dans un pays où sont les livres brûlés et les hommes de savoir enterrés », déplore de Roux. Lui qui a tout fait pour réinjecter de la force et du génie dans le monde littéraire.

Dans les années 60, avec les Cahiers de l’Herne, il fait découvrir ou redécouvrir Bernanos, Pound, Borgès, Abellio… Avec de Roux, on est dans le dur de la littérature. Mais dans « la France de Jean Yanne », ces magnifiques artistes sont amenés à perdre contre l’armée cultureuse, en ordre de marche et parfaitement organisée. Le combat de de Roux est un combat à mort pour la vie, un combat contre cette France devenue « cadavre » comme le notait très justement Jean Yanne qui avait préfacé la première édition du livre. « La France de Jean Yanne », c’est donc bien une France vidée de sa teneur, une France sans souffle, sans principe, une France en décomposition qui agonise par sa propre faute et ses propres trahisons. « La France de Jean Yanne », c’était hier, c’est aujourd’hui.  Et demain ?

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