Archéologie du désintéressement : entre altruisme et égoïsme (1/2)

Le désintéressement, notion usitée pour qualifier, à la fois, une disposition à agir d’un certain genre et l’acte qui en résulte, roule sur un mélange inextricable d’hésitations et de confusions. Une brume difficile à dissiper en raison de la (trop) grande plasticité du mot « intérêt » qui peut désigner l’utile ou, plus généralement, ce qui est avantageux. Pris dans ce second sens, les désaccords relatifs à la nature de l’activité désintéressée portent avant tout, au sein des doctrines catholiques, sur la pureté du mobile et la fin poursuivie par l’agent. Au premier sens du terme, à savoir l’utilité, la notion d’intérêt se révèle antinomique à tout ce qui est désintéressé. Cette antinomie se retrouve notamment sous la plume des moralistes français pour culminer chez Max Stirner et Ayn Rand. 

Vladimir Jankélévitch

À quoi peuvent bien servir les philosophes ? Question que Bernard Pivot adressa à Vladimir Jankélévitch au cours de la 221e émission d’Apostrophes. Le philosophe releva d’abord la mauvaise foi d’une interrogation quelque peu sophistique. En effe