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Marine le Pen ou le fascisme bien compris

On a longtemps traité son papa de fasciste. Marine, elle, semble avoir au moins partiellement intégré l’arc républicain. Marine plus fréquentable que son diable de père ? C’est la thèse que les médias et l’opinion publique défendent à demi-mot, preuve que l’entreprise de dédiabolisation a fonctionné. Mais sur le fond, qu’en est-il vraiment ?

Jean-Marie le Pen, l’anarchiste

G358-Jean-Marie-Le-PenAvoir un minimum de culture politique, c’est comprendre que le fascisme au sens stricte est incompatible avec l’idéologie de Jean-Marie le Pen. Le fascisme se définit originellement comme un antilibéralisme doublé d’un despotisme cristallisé autour du concept de nation. Le fascisme est, à proprement parler, un national-socialisme. Jean-Marie le Pen et le Front National qu’il incarnait autrefois ne correspondent pas à cette définition sérieuse du fascisme. Le Pen père est un homme de droite, un libéral sur le plan politique et sur le plan économique. Si bien sûr la dimension identitaire du Front est décisive, elle ne suffit pas à en faire un parti fasciste. Le Pen est un libéral car il est fondamentalement individualiste. Son programme économique est inexistant. Il se résume à la thèse du « Reagan français ». C’est un être de postures, un trublion qui n’a jamais véritablement envisagé d’accéder au pouvoir. Sa philosophie est authentiquement libérale en tant qu’elle est l’expression d’une de ses dérives : l’anarchisme.

Libéralisme et absolutisme

En effet, le libéralisme affirme que le seul pouvoir qui doit être reconnu à l’Etat est celui de faire coexister les libertés. Il valorise l’individu et l’idée d’un peuple souverain car constitués d’hommes libres. L’humanisme libéral est un individualisme politique. La fonction de l’Etat, c’est la protection des libertés individuelles : culte, pensée, réunion… Si le libéralisme est donc une théorie des limites de l’Etat, son expression extrême est l’anarchisme, thèse de la destruction totale de l’autorité et du pouvoir.
Le libéralisme (Locke) ne s’oppose pas traditionnellement au socialisme mais à l’absolutisme (Hobbes), non pas au sens monarchiste mais au sens démocratique, c’est-à-dire à la pensée du contrat social et à la valorisation de l’Etat providence. En effet, le libéralisme est compatible avec le socialisme. On peut être social-libéral. En revanche, libéralisme et absolutisme sont parfaitement symétriques. D’un côté la glorification de la liberté individuelle, de l’autre la promotion d’un Etat fort. Si le libéralisme dégénère en anarchisme, en quoi dégénère l’absolutisme, le célèbre Leviathan ?

Fascisme, écueil de l’absolutisme

Le despotisme est la dérive ultime de l’absolutisme. Il transforme l’exigence d’un Etat fort en un celle d’un Etat omnipotent, d’un autoritarisme. Le fascisme est un despotisme. Il sacrifie l’individu au profit du groupe dans une perspective holistique : le tout prime sur la somme des parties. Le fascisme est donc doublement antilibéral que ce soit politiquement, c’est un anti-individualisme, et économiquement, c’est un anticapitalisme.

« Le fascisme est absolument opposé aux doctrines du libéralisme, à la fois dans la sphère politique et dans la sphère économique […] L’Etat fasciste veut gouverner dans le domaine économique pas moins que dans les autres; cela fait que son action, ressentie à travers le pays de long en large par le moyen de ses institutions corporatives, sociales et éducatives, et de toutes les forces de la nation, politiques, économiques et spirituelles, organisées dans leurs associations respectives, circule au sein de l’État. » (Cf. Mussolini, La Doctrine du fascisme (1935))

Qu’est ce qui sépare le fascisme du communisme, lui aussi anticapitaliste et despotique ? C’est la question identitaire. Ce qui fait que le fascisme reste catalogué à droite (expression qui ne veut plus dire grand chose), c’est son nationalisme et son militarisme. De son côté, le communisme est volontiers transnationale. Le fascisme, idéologie réactionnaire, glorifie l’identité nationale afin de créer une base homogène pour lutter contre la décadence libérale. Ce discours, à la fois social (anticapitaliste, anti-individualiste) et national (tentative de réunir un peuple dans une logique identitaire) aboutit à un populisme.
Si donc Jean-Marie le Pen ne réunissait qu’un seul des trois critères fascistes que nous avons décrits (despotisme, antilibéralisme économique et politique, nationalisme), sa fille, elle, réalise bien l’union des trois.

Marine le Pen, authentique fasciste ?

marine_le_pen_bbr1-drLe discours de Marine le Pen est explicitement antilibéral. Comme le fascisme, le Front nouvelle formule est absolutiste et anticapitaliste. Les lieux communs de le Pen fille sont la lutte contre la finance internationale – expression ultime du néo-libéralisme – la volonté de rendre à la France sa souveraineté et la défense de l’identité nationale. Le marinisme, idéologie autonome qui n’a plus rien à voir avec le lepenisme, s’inscrit, comme le fascisme mussolinien, dans une période historique troublée : grave crise économique, chômage de masse, humiliation des entités nationales. Comme dans les années 30, le début des années 2010 se caractérise par un fort mouvement de réaction en Europe : montée des nationalismes, critique généralisée des dérives néo-libérales et de l’impérialisme américain. Comme le fascisme, le marinisme se déploie à travers à un discours populiste opposant un peuple opprimé et enraciné à une élite opprimante et nomade. Certes, le nouveau Front National n’a pas encore eu l’occasion de dégénérer en despotisme puisque  cette transformation ne peut s’accomplir que par l’accession au pouvoir. Mais les résultats sans cesse croissants de ce parti, la dispersion récente de la droite libérale, la trahison de la gauche sociétal et le contexte historique peuvent laisser penser qu’une prise de pouvoir n’est plus impossible.
Le paradoxe qui demeure a expliquer est le suivant : pourquoi le marinisme qui ressemble de manière troublante au fascisme est dédiabolisé ? Pourquoi la gauche et la droite, qui ont longtemps alimenté l’idée d’une menace fasciste pour discréditer l’anarchiste Jean-Marie, semblent aujourd’hui considérer Marine le Pen avec plus d’égards ? Peut-être tout simplement parce que la gauche et le droite française ont une définition erronée du fascisme.

M.

2 plusieurs commentaires

  1. L’antilibéralisme prétendu de Marine Le Pen est un leurre pur et simple. L’examen de son programme le montre parfaitement. Le conservatisme économique est total dans tous les domaines (comprendre que le programme est vide et ne fait que perpétuer un état de fait néolibéral). Le souverainisme et la maîtrise de la monnaie sont des mirages qui n’empêchent en rien un ordre économique néolibéral (il suffit de regarder le Japon ou les Etats-Unis) et le programme social est volontairement flou, modalisé et non financé, preuve qu’il n’est qu’une succession d’imprécations. Il y a bien plus de différence entre le fascisme et le communisme que la question identitaire. Les fascismes étaient à l’origine les valets de la bourgeoisie anticommuniste et n’ont jamais eu la moindre volonté d’action sociale, de même que l’extrême-droite d’aujourd’hui est le meilleur valet du capitalisme financier qui trouve là la meilleur façon de déporter la contestation sur les pauvres et les étrangers, à travers le leurre que constitue le FN, pour laisser les dividendes dormir sur leurs deux oreilles. Jean-Marie Le Pen était reaganien, et sa fille ne l’est pas moins.

    http://contratsocial.wordpress.com/2012/12/06/le-front-national-ou-le-neoliberalisme-camoufle/

  2. Je ne suis pas d’accord sur la dédiabolisation. Je me demande d’ailleurs à partir de quand commence la véritable diabolisation si elle n’est pas réelle aujourd’hui ? Je crois en Marine Le Pen parce qu’elle est la seule candidate politique à réellement se soucier de l’identité française. Le reste ne constitue à mon avis que des procès d’intentions car la tendance actuelle est de mettre tous ceux qui ne pensent pas comme les idéologies dominantes dans le panier « extrême-droite ». Le libéralisme n’est que la doctrine de la protection de l’être humain et de l’individualité face à l’Etat. Il prône une intervention limitée de ce dernier. C’est pourquoi les Etats-Unis sont devenus le pays où les individus sont le plus attachés à leur liberté et leur intégrité.

    Le fascisme tout comme le nazisme sont des doctrines aux aspirations socialistes et ont pour but d’encadrer la vie privée des individus et de déraciner les êtres humains pour les contrôler. C’est là où l’on peut voir que le communisme ne se situe vraiment pas loin. Il a déjà été au pouvoir, il l’est encore dans de nombreux pays asiatiques et il a largement échoué. Non seulement il n’a pas atteint l’utopie vers laquelle il était destiné mais il a sombré dans le totalitarisme. Je me réjouis d’ailleurs du jour où des pays comme la Corée du Nord ou la Chine connaîtront enfin leur révolution. Ce n’est pas pour tout de suite, vu le conditionnement opéré des masses. Bref, je pense que vous êtes assez intelligents pour vous apercevoir des méfaits de cette idéologie… Le tout est de ne pas faire d’hypocrisie simplement pour être « anti-FN ».

    Alors je n’y crois pas, tout simplement. Je crois que l’Union Européenne ne tiendra pas éternellement, d’ailleurs la France n’est sûrement pas le seul pays qui devra se résigner à abandonner cette utopie.

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