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Oradour-sur-Glane : l’anniversaire oublié

Cette année, les célébrations des hommes illustres (Jean Jaurès, Charles Péguy) éclipsent les victimes anonymes des grands affrontements du XXe siècle. Les croix blanches sur les plaines, les monuments aux morts parcourent nos paysages et nos villages dans un humble silence. Oradour-sur-Glane commémorait en juin dernier les 70 ans du massacre. Récit d’une journée de visite et de recueillement dans le village martyre.

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La boulangerie en ruine, seul le four est encore visible

En avançant vers le site historique, le visiteur découvre au milieu d’une colline verdoyante une balafre de béton austère et solennelle qui tient lieu de musée et d’entrée officielle. Intimidé par le monument, le pèlerin commence la procession par la descente d’un escalier qui mène à l’obscurité du bâtiment. À peine sorti de celui-ci, un premier panneau ordonne au badaud : « Souviens-toi ».

Dès l’entrée du village, les vestiges vous prennent au cœur, des murs délabrés à perte de vue, des cheminées tenant sans aucune toiture et puis des endroits plus singuliers, un peu reculés, dénommés « lieu de supplice ». Leur multiplicité, le rythme avec lequel ils se répètent sur le trajet, figurent une des dures réalités du massacre. Ce n’est pas une bombe aveugle qui a détruit 642 vies, un chiffre si précis, mais des hommes à pied qui pouvaient voir et toucher leurs victimes. Cinq jours après le débarquement en Normandie, il n’y a pas de doute sur le caractère vengeur des représailles allemandes.

Un puits, une croix et un panneau, le long du premier chemin, frappent les consciences. Le terme « enfoui » ne laisse pas de doute sur la fin tragique des victimes du sadisme de l’occupant. Du sensationnel certes, mais vite dissipé par l’ampleur du drame, Oradour-sur-Glane n’est pas un fait divers mais l’histoire.

Plus d’une dizaine de commerces jonchent la route : tailleur, coiffeur, forgeron, cimentier et boulanger. Ce sont les fantômes de la vie du village et de son activité foisonnante, brutalement arrêté le 10 juin 1944. Beaucoup de détails sont encore présents, comme les grilles de commerce calcinées, les voitures et les établis dans les ateliers. Les visiteurs peuvent alors arpenter la rue avec une double sensation, celle de la réalité du village paisible et celle du village massacré. Cela permet de constater, de se figurer et finalement de comprendre. Petit à petit, au fil des pas et des panneaux explicatifs, les fronts se baissent, la marche se fait lente et tout devient plus silencieux…

L’église d’Oradour-sur-Glane, le pélerinage obligatoire sous l’arche des martyres

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Plaque mémorielle à l’entrée de l’église d’Oradour-sur-Glane

Depuis le départ, une tour surveille les visiteurs. Cet édifice, en réalité, appartient à la tristement célèbre église d’Oradour-sur-Glane. Le haut de la bâtisse trône encore sur le village, bienveillante avec ses pierres blanches, presque inconsciente de l’horreur qui s’est produite juste au-dessous d’elle. Et pourtant, pour qui connaît l’histoire, la visite de ce lieu sacré est le moment redouté. En fin de parcours, au bout de la route, l’arrivée sur le parvis n’épargne pas l’émotion. Le plaque mémorielle rappelle pour les ignorants les femmes et les enfants massacrés dans son enceinte.

Le plus dur moment reste pourtant la visite du mémorial. Sur quatre murs, les noms gravés des 642 victimes ramènent un peu plus de réalité. Un bien faible nombre quand on le rapporte aux victimes de la guerre et du nazisme. Pourtant, l’atmosphère pesante, les prénoms et les âges empêchent tout relativisme et permettent aux visiteurs de se souvenir, qu’au-delà des statistiques, l’Occupation et l’affrontement militaire touchent chaque individu intimement.

La visite s’achève par la répétition des ruines sans que la lassitude ne puisse gagner. Ce dédale apparaît petit à petit comme un psaume lancinant de pierres déchues qui se grave doucement dans la conscience du visiteur. Oradour-sur-Glane n’était pas un petit village bucolique de carte postale, il s’agissait pratiquement d’une petite ville. La gare calcinée témoigne de son importance et de sa taille, la marque d’un passé épanoui.

L'ancienne gare du village

L’ancienne gare

Ces ruines ne sont pas qu’un vestige, un souvenir ténébreux, il s’agit aussi du symbole d’une France meurtrie et résistante. Loin du mythe salvateur du débarquement, le contre-effet que représente Oradour-sur-Glane perturbe notre conscience programmée. Le 6 juin 1944 n’a pas été un coup de baguette magique, les Alliés nous ont délivrés mais ont laissé derrière eux un pays qui a dû supporter le théâtre des batailles, des bombardements et de l’Occupation. Ce village est un arrêt-sur-image de la fin de cette période désenchantée. Il permet de réaliser tout le travail de redressement qu’une génération entière, sacrifiée, a dû faire dans le combat puis dans la reconstruction.

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