Le 22 octobre dernier, Éric Zemmour publiait La messe n’est pas dite. Pour un sursaut judéo-chrétien (Fayard). Pour Philitt, le philosophe et romancier Romain Debluë, notamment auteur du roman-fleuve catholique La chasse au Cerf (éditions de l’Aire, 2023), revient sur cet opuscule où, avant même la fiction « judéo-chrétienne » dont le bricolage ne peut que favoriser une nouvelle guerre de religions, l’essayiste nationaliste pèche par une méconnaissance du catholicisme. L’idole identitaire, mal pensée, se substitue alors à l’inspiration spirituelle, seule capable d’accomplir la vocation surnaturelle de la France.
C’est curieux, chez les journalistes, ce besoin de faire des livres. La preuve en est ce petit livre publié récemment par M. Zemmour, intitulé : La messe n’est pas dite. Pour un sursaut judéo-chrétien et paru dans une collection ayant nom « Pensée libre », ce qui commençait fort mal. « N’espérons pas, écrivait le grand Gilson, obtenir de l’État qu’il fasse vivre en chrétiens des hommes qui ne le seraient pas : l’Église sait trop combien il est difficile de l’obtenir de ceux qui le sont » ; et d’ajouter : « Pas plus qu’il n’y a de machine politique pour rendre le monde chrétien, il n’y en aura jamais pour le conserver tel »[1]. Il est souvent désastreux, le destin de ceux-là qui défendent l’Église en vue d’autre chose qu’elle-même, soit en vue d’autre chose que le Christ lui-même dont elle est le Corps mystique. Aussi notre devoir, à moi et à moi-même qui nous efforçons d’être un membre vivant de l’Église catholique, apostolique et romaine, est-il de ne pas oublier trop vite que M. Zemmour, naguère, se déclarait « pour l’Église et contre le Christ », et même allait jusqu’à s’écrier : « le Christ, ce n’est pas la liberté, c’est la mort ». La prime de ces deux déclarations ne peut avoir aucun sens pour un catholique, car comme l’écrivait magnifiquement et parfaitement Bossuet, l’Église n’est autre que « Jésus-Christ répandu et continué »[2]. Quant à la seconde, elle n’est pas seulement celle d’un homme qui n’entend rien à la théologie ni à l’histoire de l’Église, elle est celle d’un ennemi, désormais déclaré publiquement, de Jésus-Christ. Dès lors, M. Zemmour n’étant pas l’ami du Christ, il ne peut être en aucune façon l’allié des catholiques. Au reste, « un catholique n’a pas d’alliés, il ne peut avoir que des frères », disait Paul Claudel[3].
Le journaliste n’ignore pas les difficultés que pourrait causer non pas son ignorance, dont je le crois très peu conscient, mais à tout le moins sa situation louche de défenseur extérieur du catholicisme ; et pour s’en justifier, il pousse la présomption, ou bien il pousse l’incompétence, jusques à l’invention d’une tradition littéraire qu’il décrit ainsi : « Il y a une tradition littéraire française qu’on a appelée, au XIXe siècle, les catholiques du dehors. Des écrivains (Chateaubriand, Barrès, Barbey d’Aurevilly, Sainte-Beuve) qui ne sont pas catholiques eux-mêmes, mais qui ont compris, par patriotisme, qu’il faut défendre l’identité chrétienne de la France ; parce que la France et le catholicisme sont tellement liés que si l’un tombe, l’autre tombe avec » (Boulevard Voltaire). Or, non seulement cette tradition n’existe pas, n’a jamais existé, et n’existera jamais ; mais surtout : jeter Chateaubriand, Barrès, Barbey d’Aurevilly et Sainte-Beuve dans le même sac, du reste poisseux, relève d’une incurie qui, jadis encore, eût été indigne d’un mauvais élève de Terminale[4]. Prétendre, en outre, que Chateaubriand et Barbey d’Aurevilly n’étaient pas catholiques, cela mériterait à M. Zemmour une condamnation sévère en correctionnelle, si la cuistrerie était un délit. Au vrai, il ne peut y avoir de catholiques « du dehors », pour la raison très simple que le catholicisme n’est pas un concept élastique que l’on peut étirer à plaisir pour y subsumer toute personne qui aurait un vague penchant pour les croisées d’ogives, les chants grégoriens et les Pensées de Pascal… Il n’est donc pas absolument inutile, peut-être, de rétablir quelques vérités, tant au plan historique, qu’au plan philosophique, enfin qu’au plan théologique.
L’idole de la nation contre sa vocation surnaturelle
Il est certain qu’on ne peut défendre que bien mal cela dont on ignore à peu près tout. Pire : à trop véhémentement vouloir défendre ce dont on ignore tout, on réussit fort bien à lui porter des coups fatals. Or, il apparaît à la lecture des quelques pages journalistiques, donc légères, de cet opuscule, que M. Zemmour ignore du catholicisme jusques aux rudiments. Pourtant, au milieu de ces inexactitudes océaniques, il est quelques auteurs que l’auteur paraît avoir lu, de vrai, et d’assez près. Du moins les présente-t-il comme ses maîtres, avec un peu de crédibilité. Qui sont-ce ? Ernest Renan et Maurice Barrès, souventefois cités, et d’une manière assez judicieuse pour qu’il soit ici malhonnête de soupçonner le recours exclusif à quelque chrestomathie que ce soit.
Et que d’eux retient-il donc, M. Zemmour ? Par exemple ceci, de Barrès : « Je rejoins et je défends le catholicisme menacé parce que je suis patriote, au nom de l’intérêt national… Arracher le catholicisme de notre terre, ce serait ébranler tout notre édifice national, toute notre civilisation. Entre le catholicisme et notre civilisation, on ne peut plus distinguer. » Il y a là pour un chrétien un contresens complet, puisqu’il est impensable de défendre le Christ « au nom » d’autre chose. Barrès, malgré tout, était un homme qui savait le sens des mots ; et l’expression « au nom de » n’est pas innocente, et ne peut signifier autre chose, précisément, que ceci : l’Intérêt national était à ses yeux le nom propre du seul absolu qu’il désirait de connaître, et le catholicisme n’était que l’un des pseudonymes que, durant l’histoire de l’Occident, cet absolu a pris. Barrès et M. Zemmour semblent s’accorder sur ce point. C’est pour la France qu’ils défendent, ou croient défendre, le christianisme… Le point de vue chrétien, cependant, ne peut être qu’inverse : si l’on admet une vocation surnaturelle des peuples, en tant que tels, la France est pour le Christ, et non le Christ pour la France. Il ne s’agit pas dès lors de défendre la cartographie contingente d’une civilisation afin de « continuer à vivre en France », mais bel et bien de préserver la vocation surnaturelle – par exemple – de la France pour la raison que le Christ est Dieu[5].
Combien de catholiques français, en effet, confondent la fin et les moyens, en cette matière qui est la plus haute, lorsqu’avec souvent la meilleure foi du monde – laquelle n’est hélas, tout aussi souvent, littéralement qu’une foi (venue) du monde –, ils veulent préserver la religion à seule fin de prolonger un peu ou beaucoup l’espérance de vie de leur patrie… Non qu’il soit condamnable, comme l’écrit Gilson, de désirer la durée de la France ; mais il est vain, et dangereux, de la désirer pour elle-même, comme si la France, avec toutes ses beautés, était une fin en soi. Car l’on n’identifie jamais impunément une réalité temporelle à une vérité éternelle ; et c’est bien là ce que fait M. Zemmour, lorsqu’il affirme, par exemple, que le christianisme s’identifie « à l’Europe et à l’Occident », ou encore qu’en un moment de son histoire qu’il voudrait sempiternel, « l’Europe devint chrétienne et le christianisme devint européen ». Pourtant, il n’y a pas, entre aucune partie du monde et l’Église, d’identification perpétuelle possible. Le cœur vif et battant, certes, de la chrétienté, qui n’est pas l’Église, se déplace, au gré des courants et des mouvements de toutes les civilisations à la surface de l’univers, – mais aucune d’elle ne peut, jamais, tirer à elle la Croix, qui demeure stable au centre de la terre, cependant que roulent les soleils. Le christianisme n’est ni européen, ni africain, ni américain, ni asiatique ; il est catholique, c’est-à-dire universel, comme chacun sait, et il est donc de nulle part, ce qui lui permet, et à lui seul, d’être partout chez lui.
L’identité impensée
Que l’Europe ait été chrétienne, il serait sot de le nier ; qu’elle ait été, pendant un temps qui resterait à déterminer, le continent privilégié de l’épanouissement temporel de la chrétienté, cela crève les yeux ; mais rien de tout cela ne suffit à faire une identification, et c’est bien là le point exact où les catholiques ne peuvent suivre M. Zemmour. L’Europe devint chrétienne : assurément ; le christianisme devint européen : aucunement. Cette réciproque ne vaut rien, car pour qu’on la puisse tenir pour vraie, il faudrait commencer par admettre que la réalité européenne, celle d’un ensemble de cultures ayant suffisamment de points communs pour former une civilisation à peu près unique, se situe sur le même plan que la réalité chrétienne. Pour plus de précision, il convient de s’attacher à ce que M. Zemmour dit non plus de l’Europe et du « christianisme », terme terriblement ambigu (est-ce une doctrine ? un fait historique ? une religion ?) qui sert trop le vague et souvent le vaseux de son propos, mais de la France et de l’Église. J’ai rappelé déjà la déclaration faite naguère par M. Zemmour : « pour l’Église et contre le Christ ». C’était, à l’époque, du pur et du putride Maurras. Un lecteur attentif pourrait alors s’étonner de lire aujourd’hui sous la plume de ce même homme que « l’Église s’obstine » ; et d’ajouter : « Errare humanum est, perseverare diabolicum », ce qui, si les mots ont encore un sens, ne signifie pas autre chose, à l’encontre de l’Église catholique, apostolique et romaine, qu’une accusation de possession diabolique. Ou encore : « l’Église ne veut rien entendre. Avec à sa tête, jusqu’à sa mort il y a quelques mois, un pape “pacifiste”, comme on l’était lors des années 1930, elle s’est perdue dans une quête inlassable de complaisance et de compromis ». L’Église persévère diaboliquement, l’Église se perd… On comprend alors l’attitude de M. Zemmour, qui n’est pas sans ressemblance avec celle de ces crypto-protestants crispés et à l’esprit pincé que l’on nomme les catholiques sédévacantistes ; et de vrai elle n’est pas bien difficile à saisir : M. Zemmour n’est « pour l’Église » qu’à la condition qu’elle fasse effort pour docilement correspondre à l’image avantageuse qu’il s’en fait.
Peut-être est-il permis de déceler là l’origine des innombrables bourdes de M. Zemmour, en matière d’histoire de l’Église. Car au fond, l’Église l’indiffère en elle-même, elle ne l’intéresse pas, et il ne s’y est jamais sérieusement intéressé. Ce pourquoi il n’en retient que les gros traits qu’il en trace lui-même parmi les pages de ses articles et opuscules. Réellement, il la veut, il la rêve à son image et lui distribue de bons et de mauvais points, en fonction de ses préoccupations politiques, comme si le Corps mystique du Christ avait pour devoir transcendantal de se conformer aux petites paniques de M. Zemmour… Une question, finalement et nécessairement, se pose : que défend M. Zemmour lorsqu’il prétend défendre le « christianisme », puisque de toute évidence il n’en connaît bien ni l’histoire ni la théologie – puisque de toute évidence, il n’en connaît rien ? Il le dit lui-même, et le répète, encore et encore : il défend une identité. Sans jamais, malheureusement, daigner en donner la moindre définition ; comme si le sens de cette notion était tant évident qu’il était inutile de s’astreindre au travail ingrat qui eût consisté à tâcher de la circonscrire avec clarté.
Saint Thomas d’Aquin ne distinguait pas moins de vingt-sept espèces d’identités : idem definitione, idem genere, idem matiera, idem specie, etc. Que peut bien signifier, rationnellement, une foi chrétienne qui, parce qu’elle serait liée à la « civilisation chrétienne », deviendrait par là même une identité française ou européenne ? Je crois M. Zemmour parfaitement conscient de cette difficulté ; et la fonction même, au sein de son discours, de la « civilisation chrétienne », ou de la « culture chrétienne », est précisément de servir de médiation nécessaire, entre la foi et l’identité « française ou européenne » (dont, je le répète, l’articulation n’est jamais pensée). Le procédé est alambiqué considérablement, et d’abord pour la raison que M. Zemmour s’accroche à un concept de foi tout intérieur et tout individuel, ce qui lui permet, au prix de quelques acrobaties rhétoriques, d’inciter les catholiques de France à regarder leur foi comme une « identité française » tout en faisant l’éloge de ce que, ailleurs, il déclare être « une laïcité bien comprise, d’essence catholique », et dont on se demande bien dans quelle contrée sauvage des jungles amazoniennes il est allé la chercher.
Mirages d’un christianisme sans Christ
Car, en son essence, la laïcité est un athéisme pratique d’État ; et à ce titre, elle ne fut en aucun cas le fruit, ni direct ni indirect, des longs siècles de chrétienté en terre de France. Il apparaît alors que M. Zemmour veut une sorte de grand machin très indéterminé, européen, français, chrétien, laïque, tout cela en même temps, pourvu que le Califat continue de se dessécher aux confins des déserts d’Arabie. L’Église catholique ni les catholiques ne sauraient cependant se faire poissons solubles dans cette société toute satisfaite d’immanence. Car un État laïque est le contraire d’un État configuré à la doctrine de l’Église, pour qui le gouvernement, qu’il soit royal ou démocratique, n’est jamais que l’intendance du seul pouvoir véritable qui est celui du Christ Roi. M. Zemmour, quant à lui, veut d’une France chrétienne dans un seul but, nous l’avons dit : préserver les cathédrales et convertir les musulmans à quelque chose de plus efficace que la seule démocratie libérale, qui n’assouvit certes aucune soif d’absolu.
Il convient donc que cette France, redevenue « chrétienne » demeure tout de même « laïque » au sens dévoyé de ce terme, – bref, que la France redevenue « chrétienne » continue de vivre comme si elle ne l’était pas, en se préservant des ferveurs mahométanes à l’ombre de ses contreforts gothiques. M. Zemmour n’instrumentalise certainement pas le catholicisme : il l’ignore ; et plutôt que de l’étudier avec sérieux, avec rigueur et avec patience, ce qui lui est impossible car il a des échéances régulières dans tous les petits écrans de France, il a préféré le recomposer à son image, afin d’en produire une version minimale et, du reste, faussée, qu’il pouvait tordre à son aise pour la faire tenir entre les quatre murs fortifiés et cependant fragiles et même friables de son idéologie obsidionale. Il en convient lui-même, en quelque sorte, lorsqu’il cite son maître Barrès : « Le catholicisme a ceci d’excellent chez nous qu’il est tamisé, édulcoré, filtré par des siècles de culture spirituelle, et qu’il nous en reste juste assez pour satisfaire aux besoins religieux de l’homme, sans provoquer chez lui d’exaltation fanatique… »[6] Ce que désire M. Zemmour pour la France, c’est un catholicisme utilitaire, c’est-à-dire assez vigoureux pour être efficace contre l’envahisseur venu des sables de l’orient, mais assez souffreteux d’autre part, à force d’avoir été tamisé par le temps, pour n’être pas trop encombrant et pour s’acclimater sans révolte d’un athéisme d’État à quoi on le prie, en outre, d’applaudir docilement puisqu’on lui a fait la démonstration qu’il n’était rien d’autre que son propre rejeton.
La France, cependant, n’est pas éternelle, et si l’on peut sans honte, et même fièrement, n’avoir aucune envie de la voir disparaître demain ou après-demain, l’on n’y peut pas mêler l’Église et le Christ comme deux cautions d’immortalité phantasmatique. La France se tient devant l’Éternité, parce que l’Éternel se tient au-devant de toute réalité créée ; mais la France n’est pas éternelle. Il est bel et bon, certes, d’y être attaché, parce que Dieu mainte fois manifesta dans l’histoire une manière d’amour de prédilection pour cette terre admirable ; mais, encore une fois, il est malhonnête et périlleux de la confondre avec une réalité surnaturelle. Si la confusion des plans est toujours funeste, combien plus l’omission du surnaturel au profit de considérations seulement naturelles !… Les hommes peuvent espérer, et le doivent, de ressusciter dans le Christ, et par lui ; mais les civilisations et les cultures sont privées de cette espérance, assurément. Pour l’art même, forme suprême de la culture, la survie est possible, mais non point la résurrection hors du temps.
Romain Debluë
[1] Étienne Gilson, « Le Catholique et la politique », in Œuvres complètes, t. II, Vrin, Paris, 2023, p. 545.
[2] Bossuet, Pensées chrétiennes et morales sur différents sujets, ch. V.
[3] Paul Claudel à François Mauriac, in La vague et le rocher. Paul Claudel – François Mauriac. Correspondance 1911-1954, Minard, Paris, 1988, p. 87.
[4] Pourquoi n’avoir pas ajouté à cet inventaire totalement inventé le nom de Balzac ? Non que cela m’eût réjoui de le voir associé à cette invraisemblance, mais pour qui connaît un peu son œuvre, cela eût été beaucoup moins délirant que la mention de Sainte-Beuve…
[5] « Aujourd’hui même, combien de catholiques français ne considèrent-ils pas leur religion comme une simple partie de leur héritage national, qu’il leur faut à tout prix maintenir sans doute, mais surtout comme condition nécessaire de la durée nationale même ? On ose à peine toucher à de tels sentiments, où rien n’entre que de noble et qui, lorsqu’on pense à ce que fut l’histoire de la France, trouvent tant d’arguments pour plaider leur cause. Car il est vrai, dans une large mesure et en un sens très profond, que l’Église a fait la France, mais elle ne l’a faite que parce qu’elle travaillait, par-delà la France, à son œuvre propre qui est celle de l’Église. La seule manière, pour la France, de bénéficier encore de l’Église, ce serait de travailler une fois de plus pour l’Église, et non pas pour la France. Il faudrait recommencer de travailler pour la France comme Corneille écrivant le Cid, Racine écrivant Phèdre ou Molière le Misanthrope, c’est-à-dire en servant les Lettres, qui sont au-dessus de la France. Ou, comme Jeanne d’Arc elle-même, en servant Dieu, qui est au-dessus de la France. Chaque fois qu’on ne sert pas ainsi la grandeur de la France, on la dessert, car on tarit pour autant les sources de sa grandeur, qui sont plus grandes qu’elle. » (Étienne Gilson, « L’Esprit de chrétienté », OC, t. II, éd. cit., p. 408.)
[6] Maurice Barrès, Entretien paru dans Le Matin, en date du 7 février 1907.
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