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People : étrangers dans leur propre pays

Le people est généreux. Il n’hésite jamais à joindre sa prestigieuse signature à d’humanistes pétitions. De glorieux noms se sont mobilisés pour le projet de loi sur le droit de vote des étrangers aux élections locales. Mais ce progressisme est-il véritablement pertinent ? Derrière cette exigence a priori démocratique ne se cacherait-il pas un projet tout autre ?

Le dogme du « socialisme » à paillettes peut se résumer en deux mots : progressisme et sans-frontiérisme. Comme l’explique très bien Jean-Claude Michéa dans L’Empire du moindre mal, la nouvelle gauche – celle dont se réclame nos people – a depuis longtemps abandonné la problématique de la lutte des classes pour se consacrer presque intégralement à l’anti-racisme. L’ouvrier beaufisé et méprisé n’intéresse plus. En revanche, l’étranger, lui, mérite d’être défendu. Contrairement au « souchien », cet Autre, digne et profondément humain, n’est pas animé par la haine. Il en est bien plutôt la victime éternelle. La défense du prolétaire est à présent caduque, ce qui compte c’est d’améliorer les conditions de vie des sans-papiers et des travailleurs immigrés. Le vote des étrangers aux élections locales serait donc une avancée démocratique incontestable car elle favoriserait leur intégration.

Du beau monde

emmanuelle-beart-20060103-95333Nos people se devaient de prendre part à ce combat décisif (du moins, presque aussi décisif que « le mariage pour tous ») car ce sont des altruistes inconditionnels. Leur réussite professionnelle ne les a jamais détournés du Bien. Leur confort matériel ne les empêche pas de s’identifier à la souffrance du peuple. Ils aiment payer leurs impôts. Mais leur générosité ne s’arrête pas là. À leurs yeux, l’étranger est un citoyen.
Parmi les signataires de la pétition, on retrouve des noms qui ont fait la gloire de la patrie. Certains figurent même dans le classement des personnalités préférées des Français : Emmanuelle Béart, la digne héritière de Simone Signoret, Yannick Noah, le Federer noir, Renaud, la réincarnation de Georges Brassens ou encore Bernard-Henri Lévy, philosophe dont les apports théoriques nous ramènent à la révolution copernicienne. Ces esprits supérieurs, animés par une passion démocratique inflexible, exhortent le Président de la République à entériner ce projet de loi.
Mais la compassion infinie des people pour les peuples venus d’ailleurs fausse leur jugement. « Le cœur a ses raisons que la raison ignore » disait Pascal. Cet excès d’amour leur empêche de comprendre que la tradition française lie citoyenneté et nationalité. En France, n’est citoyen à part entière que celui qui appartient à la communauté nationale, c’est-à-dire qui possède la nationalité française. Toute la rhétorique progressiste est basée sur l’ignorance (la négation ?) de cette particularité. La pétition affirme « qu’est citoyen celui qui vit dans la Cité, qui y réside et contribue à ses activités. De cette communauté d’intérêts et de destin découle une exigence démocratique : le droit pour chacun de participer à l’élaboration des décisions qui le concernent. » Cette définition correspond plus au statut du citoyen de la Rome Antique qu’à celui du citoyen français.

Méchante nation

Mais après tout, cette confusion est normale, puisque les people méprisent le concept de nation. Yannick Noah, ce socialiste irréprochable qui vadrouille entre la France, la Suisse et les États-Unis et dont le fils Joachim est basketteur au sein de la prestigieuse NBA, est un patriote inconditionnel. BHL, le philosophe milliardaire a depuis longtemps prouvé qu’il n’était pas qu’un simple citoyen français, mais un guerrier cosmopolite. Renaud, véritable porte-étendard de la religion de mai 68, est logiquement un partisan de l’idéologie transnationale. Emmanuelle Béart… est très belle.
L’objectif de cette pétition consiste à élargir la notion de citoyenneté européenne – qui accorde le droit de vote aux élections locales et européennes – afin d’en créer une nouvelle, mondialisée. Le nomade Attali, qui est chez lui partout et nulle part, doit apprécier. « Plus que jamais, reconnaître le droit de vote et d’éligibilité aux étrangers ayant choisi la France comme pays d’accueil, répond non seulement à une exigence démocratique mais également à un impératif d’égalité : notre idéal républicain, fondé sur l’égalité de tous les citoyens de la République, quelle que soit leur nationalité, ne souffre d’aucun compromis », dit encore le texte. Derrière ce vernis droit-de-l’hommiste se cache la volonté de porter atteintes aux valeurs républicaines et patriotiques. Dans cette logique, le monde entier est potentiellement citoyen français.

Menace identitaire

BERNARD-HENRI LEVY

« Reconnaître le droit de vote aux étrangers, c’est reconnaître une citoyenneté de résidence, comme pour les ressortissants de l’Union Européenne, en phase avec le monde ouvert et globalisé dans lequel nous vivons. » On retrouve dans cette phrase, thématisée clairement, l’alliance objective de la droite libérale et de la gauche sociétale décrite par Michéa. La convergence de l’idéal transnational de la nouvelle gauche avec la logique capitaliste est tellement flagrante qu’elle en devient suspecte.
Pour faire avaler cette couleuvre, il est important d’agiter le spectre fasciste. « Reconnaître le droit de vote aux étrangers, c’est adresser une réponse citoyenne et républicaine en faveur de l’égalité aux tenants d’une France recroquevillée sur elle-même et soupçonneuse de l’Autre. » Cette affirmation nie de manière irrationnelle toute la tradition d’hospitalité qui est celle de la France. En faisant planer la menace du repli identitaire, la nouvelle gauche contribue à favoriser la marche forcée du mondialisme bien qu’elle prétende toujours lutter contre le Capital oppresseur. « Face à la crise économique que traverse notre pays, il est temps de dire « stop » aux logiques de haine et d’affirmer qu’une Nation n’est jamais aussi forte qu’en étant fidèle à ses principes d’égalité et de fraternité. » On reconnaît bien là le champ lexical de l’anti-racisme institutionnel (SOS Racisme est également signataire de la pétition). Est qualifié d’ « haineux » celui qui défend l’idée que la citoyenneté est indissociable de la nationalité. Sous entendu, son seul projet est de nuire à cet Autre vulnérable. Le jour où la nouvelle gauche comprendra que la défense de la structure nationale est le seul moyen de lutter contre la logique du tout-marchandise, elle renouera au moins partiellement avec son idéologie d’autrefois. Mais le veut-elle vraiment ?

M.

 

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