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Visage d’écrivain : Céline

Nombreux sont les témoignages qui décrivent l’apparence physique de Céline. Plutôt que d’improviser sur le visage du grand écrivain nous avons préféré relever les descriptions les plus marquantes. Certaines évoquent le Céline de la butte Montmartre, d’autres, le Céline de Meudon. Son regard a profondément touché toutes les personnes qui l’ont rencontré, de Lucien Rebatet à Ernst Jünger en passant par Lucette Almanzor, Madame Céline. 

« Je suis un monstre à côté de lui. Je suis grossière. C’était plus qu’un tendre, on s’enfonçait dans sa tendresse mais il fallait d’abord casser l’armure. Il suffisait de voir sa figure. Son visage était un ciel. Du bleu, du noir, des nuages, des rayons… Tout se lisait dessus. C’était la météo de l’âme. Il ne pouvait rien cacher. Et en même temps, il ne voulait rien montrer. Ça se voyait encore plus. Je n’ai jamais vu une face changer si vite d’expression. »

Lucette Almanzor dans Lucette de Marc-Édouard Nabe

« Il était de grande taille et avait une carrure athlétique. Ce qui impressionnait d’abord, c’était son regard, intense inquisiteur et subjuguant. Ses yeux bleus… impossible d’y couper, l’impression de ne plus rien avoir à soi. Lorsque j’étais petite ses yeux se posaient sur moi avec une douceur et une chaleur que je n’ai pas oubliées : « Mon Mimi, mon Mimi », mais il ne fallait pas trop s’y fier, car tout à coup, la contrariété changeait l’expression, et la petite fille que j’étais se voilait la face. Enfant, il me faisait un peu peur ; il était difficile de suivre ses humeurs. Il passait brusquement du rire à la tristesse. »

Céline vu par sa fille Colette

« J’admirais l’œil bleu-gaulois de Céline, gai, malicieux, sur un arrière-fond de candeur et de désespoir : je ne lui ai jamais vu cette tristesse si pathétique de certaines photographies des derniers temps. »

Lucien Rebatet

«L’après-midi à l’Institut allemand, rue Saint-Dominique. Là, entre autres personnes, Merline (Céline), grand, osseux, robuste, un peu lourdaud, mais alerte dans la discussion ou plutôt dans le monologue. Il y a, chez lui, ce regard des maniaques tourné en dedans, qui brille comme au fond d’un trou. Pour ce regard, aussi, plus rien n’existe ni à droite ni à gauche ; on a l’impression que l’homme fonce vers un but inconnu. « J’ai constamment la mort à mes côtés » – et, disant cela, il semble montrer du doigt, à côté de son fauteuil, un petit chien qui serait couché là. »

Ernst Jünger

« Ah, c’était un personnage frappant, extraordinaire. Il était très grand, mince, avec des yeux bleus éclatants. Il avait toujours l’air furieux et, comme il avait perdu, à la suite d’une blessure de guerre, la sensibilité de l’une de ses mains, il arrivait à motocyclette avec… tout ce qu’il ce qu’il avait attaché dans un journal avec une ficelle. Tout cela pendait à son cou parce qu’il avait peur de le perdre. Il perdait les choses sans s’en apercevoir parce qu’il ne les sentait pas. »

René Barjavel

 

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Céline dans son jardin de Meudon

 

« L’honnêteté fondamentale de Céline, sa bonté, sa bonté dépouillée, nue, sa beauté morale enfin, tout cela se lisait dans les eaux calmes et profondes de ses magnifiques yeux bleus, où veillait toujours la lueur pénétrante de sa lumineuse intelligence. »

André Pulicani (ami de Gen Paul et de Céline)

« Tout de suite, l’envie me prit de réaliser son portrait, tant les traits, fortement, spirituellement marqués de son visage, me fascinèrent d’emblée. Ce qu’il y avait, physiquement, de particulier chez lui, c’était une divergence entre le volume de la tête et la maigreur du cou, qu’il avait décharné – divergence que j’allais équilibrer par un cache-col comme il en portait toujours vers la fin de sa vie. Avant la guerre, je lui trouvais toujours une grande élégance. C’est seulement après celle-ci qu’il prit cette allure de bohémien du XIXe siècle. »

Arno Breker (sculpteur)

« Louis-Ferdinand Céline était un tout autre personnage. Il n’était pas un rigolo. Son rire varié pouvait être gaulois, anglais, germanique ; il était souvent grinçant et toujours à la frontière de la joie et des larmes. C’était le rire du clown battu, le rire à en pleurer, en présence du grotesque bouleversant de la misère humaine, du massacre des pauvres types par les forts et de cette défense maladroite et désordonnée qu’ils s’opposent aux coups. Le rire de Céline confine à l’imprécation ou jaillit de la douleur. »

Albert Naud (avocat)

« Et lui, Céline, le visage maigre éclairé par des yeux clairs, vêtu d’un gilet de laine informe qui pend sur un pantalon trop large, ressemble à un clochard. Les avatars qu’il a subis après la guerre l’ont blessé mais, le plus souvent, il pose sur vous de grands yeux tristes et bons. Il redevient alors le médecin des pauvres et de la banlieue. »

Lazare Iglésis (réalisateur)

« Il a l’œil bleu, blasé, malin, la paupière floue. On l’a posé sur un fauteuil de bois ; on a empilé des couvertures sous lui ; il est tout emmitouflé dans une robe de chambre grenat, avec un foulard autour du cou. Tout semble bleu autour de lui, bleu piscine ou bleu horizon, à cause du ciel ou à cause de la maison. C’est le concierge. Il est là pour regarder passer les élèves du cours de danse. Le visage est envahi par deux jours de barbe grise. Moustache d’une semaine […] Il a des mains étrangement rondes, des ongles jaunes et longs avec des taches de rousseur sur le dos ; Chevelure intacte mais pas soignée. Le poil est très long, surtout vers la nuque. »

Jean Guenot

«Tandis que l’homme bredouille, je contemple ce visage à la dérobée. L’asymétrie est frappante. Les os font saillie. Le menton se propose d’abord ; menton curieusement relevé en galoche et d’où, jadis, l’éternel anarchiste devait tirer son air d’effronterie. En fin de journée, ce prognathisme est couvert d’un poil hirsute, que l’on devine craquant au doigt, douloureux. Caché par le surplomb de l’orbite, par la paupière lourde, tombante, l’œil est petit. Je tente de capter sa lueur indécise, mais en vain, le regard est fuyant ; fuyard. De grosses rides vont et viennent sur le front cabossé. »

Christian Dedet

« C’était la seule photo de lui épinglée au mur de liège. À Meudon en 1959. Sortant d’une ruée vers l’or ratée, avec son gilet crade, ses pulls troués, ses foulards flous, le pantalon flottant… Ou d’un duel peut être ?
– Il fait très cow-boy chez Sergio Leone là ! S’exalta Stévenin pendant que Lucette, dans la cuisine, finissait de monter une mayonnaise. Regardez-le avec son œil scrutant, sa moue amère, ses joues mal rasées, une main qui pendouille comme s’il débouchait d’un saloon, prêt à dégainer son colt des mots !… »

Extrait Lucette de Marc-Édouard Nabe

M.

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