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Nicolas Dupont-Aignan : « Je rêve d’un Président de la République qui puisse dire : « Je vous rends la France dans un meilleur état que je ne l’ai trouvée » »

Président de Debout la République (DLR), député-maire de Yerres (Essonne) et gaulliste, Nicolas Dupont-Aignan défend contre l’époque une « certaine idée de la France ». Critique acerbe de la mondialisation, des forces d’argent et de la technostructure européenne, il refuse de se soumettre à la dictature de la pensée unique et martèle avec conviction le slogan de son parti : « Ni système, ni extrêmes ».

Charles de Gaulle

Charles de Gaulle

PHILITT : Péguy, mort il y a cent ans, estimait avec pessimisme que « tout commence en mystique et finit en politique ». Quand de Gaulle parle d’une « certaine idée de la France » on est à mon avis précisément dans la mystique. En tant que gaulliste, quelle est votre idée de la France ?

Nicolas Dupont-Aignan : Avoir une idée de la France, c’est aimer la France pour les valeurs qu’elle représente, c’est être comptable d’une histoire et c’est proposer une espérance. C’est donc obligatoirement aller au delà de la politique immédiate. C’est être un témoin dans la longue chaîne du temps. Une expression m’est chère : « Rendre en meilleur état ce qu’on nous a confié ». Je le dis pour ma ville. Je suis fier d’être un maire qui, après chaque mandat, va voir ses électeurs en leur disant : « Je vous rends la ville dans un meilleur état que je ne l’ai trouvée ». Je rêve d’un Président de la République qui puisse dire : « Je vous rends la France dans un meilleur état que je ne l’ai trouvée ».

PHILITT : Comment faire pour réinjecter cette idée mystique de la France dans la politique ?

Nicolas Dupont-Aignan : Si je le savais, ce serait formidable… Nous essayons d’élever le débat, de parler du fond des choses. Mais pour parler du fond des choses aux Français, on est bien obligé de passer par les filtres médiatiques et de s’adapter. Le général de Gaulle – je ne me compare pas à lui – a utilisé la radio, nous utilisons la télévision. Nous sommes perpétuellement sur la corde raide :  entre la nécessité de s’adapter au zapping, à l’audimat, à la course effrénée à la nouveauté, et celle, absolue, de donner un sens à nos actions. Convaincre le plus grand nombre dans le monde hyper-médiatisé de l’émotion en ayant un message sérieux… Voilà la difficulté.

PHILITT : Comment réconcilier les Français avec le patriotisme ?

Nicolas Dupont-Aignan : En essayant de donner un aspect concret au patriotisme. La difficulté à laquelle nous sommes confrontés est la suivante : les mots que nous exprimons et qui renvoient à quelque chose de solide et d’évident ne sont plus compris par beaucoup de nos concitoyens. Le patriotisme peut donner l’image d’un passéisme guerrier, qui n’a rien à voir avec DLR…

PHILITT : C’est la confusion avec le nationalisme…

Nicolas Dupont-Aignan : Tout à fait. Confusion qui est volontairement entretenue par une pensée unique qui veut détruire les nations pour créer la « World Company » – j’emploie le mot anglais à dessein – et qui a pour objectif de transformer les citoyens en consommateurs. Afin qu’il n’y ait plus rien entre la multinationale et ce dernier.  Dès lors, il y a un combat extrêmement difficile à mener et qui passe, à mon avis, par DLR. Il faut faire une pédagogie du patriotisme. Expliquer qu’être patriote, c’est aimer son prochain, s’entraider pour défendre nos intérêts, nos valeurs, notre dignité et plus concrètement nos emplois. Il n’y a qu’à cette condition qu’on y arrivera.

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Jean-Pierre Chevènement

PHILITT : Péguy juge que le monde moderne se caractérise par la victoire de l’argent contre toutes les autres forces matérielles ou spirituelles. Vous êtes très critique vis-à-vis de la logique ploutocratique. Quels sont les moyens dont disposent les pays souverains pour lutter contre cette puissance toujours grandissante qu’est l’argent ?

Nicolas Dupont-Aignan : Pour éviter d’être noyé sous l’argent roi, il faut réhabiliter la nation qui est le seul cadre qui peut permettre de réguler, de canaliser les flots financiers. Quand je dis la nation, je devrais aller plus loin et parler d’État-nation. C’est pourquoi la France gêne la mondialisation sauvage. Il y a une mondialisation qui est naturelle et il ne s’agit pas de s’y opposer. Mais il y a aussi une mondialisation dévoyée pour qui l’exception française est un obstacle. Voilà pourquoi l’État-nation à la française est en train d’être détruit par l’Union Européenne qui est à la solde d’intérêts financiers considérables. Pour humaniser la mondialisation, il faut reconstruire les États-nations, en tout cas sauver  l’État-nations français, le reconstruire, le faire aimer… C’est tout l’enjeu du discours que je prépare pour notre quatrième congrès qui aura lieu le 12 octobre à Paris.

PHILITT : 2014 est l’année du centenaire de la Grande Guerre mais aussi l’anniversaire de la mort de Jaurès. Jaurès disait : « À celui qui n’a rien, la patrie est son seul bien. » Comment expliquez-vous la trajectoire du socialisme français, de la gauche jaurésienne à la gauche Pierre Bergé ?

Nicolas Dupont-Aignan : C’est l’histoire habituelle d’une trahison totale de tous les principes. Ce n’est pas nouveau. C’est un socialisme mondain qui n’a rien de socialiste, qui cultive l’attrait du pouvoir pour le pouvoir alors que le pouvoir n’est plus là, ce qui est très curieux… Je ne comprends pas nos hommes politiques actuels qui se battent comme des chiffonniers pour conquérir un pouvoir qu’ils n’exercent pas, pour être le meilleur valet du système… C’est le récit d’une indignité. Mais attention : il y a des gens de bonne foi qui en sont prisonniers, qui n’ont pas compris qu’ils étaient les idiots utiles de la mondialisation sauvage et qui, au nom des beaux principes (générosité, abolition des frontières), sont instrumentalisés. C’est un paravent, une fausse générosité. Il faut démasquer cette escroquerie que les gens perçoivent de plus en plus. Mais ils ne voient pas encore d’alternative sereine et crédible. L’objectif de DLR, ce sera de montrer qu’il existe une véritable alternative à ce système pourri.

PHILITT : En France, on traite souvent avec un peu de hâte les gens de fascistes. Comment faire aujourd’hui pour formuler une critique du capitalisme tout en défendant le destin national et échapper à ce quolibet ?

Nicolas Dupont-Aignan : Il faut s’en moquer, mais il faut prendre garde à la capacité destructrice des médias. Jean-Pierre Chevènement en a été la victime au début des années 2000. Souvenez-vous des Guignols de l’info qui le montraient quasiment en fasciste. Le système ne recule devant rien pour salir, pour caricaturer, puisqu’en réalité, depuis le referendum de 2005, ceux qui nous gouvernent à tour de rôle – les membres de l’oligarchie, du Siècle – savent qu’ils sont minoritaires dans leur propre pays. Le peuple français a voté contre eux. Sachant cela, ils sont d’autant plus agressifs. Le seul moyen pour eux de se maintenir au pouvoir, c’est d’agiter l’épouvantail du fascisme, du racisme, de la xénophobie. Ce qui explique pourquoi ils ont tant fait monter le Front National même si Marine Le Pen fait des efforts pour dédiaboliser son parti. Toute personnalité qui les critique et qui n’a pas une vision maurrassienne de l’existence est gênante. Elle représente un danger d’autant plus grand qu’elle n’est pas caricaturale. Notre objectif est de montrer aux Français que nous sommes des gaullistes attachés à une certaine idée de la France, des patriotes qui veulent rassembler les Français. Nous ne sommes pas des identitaires…

Florian Philippot

Florian Philippot

PHILITT : C’est la différence que vous revendiquez avec le FN ?

Nicolas Dupont-Aignan : Vous savez le Front National est désormais une auberge espagnole. C’est notre différence avec le logiciel initial du FN. J’ai toujours essayé de ne pas être caricatural vis à vis de ce parti. Mais je pense que leur ancien logiciel ne permet pas de rassembler les Français ni de gagner. Regardez le résultat des sénatoriales : les deux élus FN ont suscité une avalanche de commentaires. Le PS a besoin du FN et de Sarkozy pour survivre, sinon il sera balayé. Notre objectif n’est pas d’être pour ou contre le FN mais de dire qu’il incarne la contestation tandis que DLR est la solution. Nous apportons les moyens de déjouer ce piège mortel de la caricature par la pensée unique.

PHILITT : Cela me fait penser au passage de François Asselineau dans l’émission de Laurent Ruquier, On n’est pas couché…

Nicolas Dupont-Aignan : Nous sommes dans une dictature de la pensée unique. Comme dans tous les régimes autoritaires… Plus un régime autoritaire échoue, plus il se durcit. Regardez ce qui s’est passé en Union Soviétique avant sa chute. Il se passe la même chose en France mais ça ne se voit pas puisqu’on nous fait croire que nous sommes en démocratie. La colère des Français, leur exaspération, pour ne pas dire leur haine à l’égard du microcosme est en train de monter. Cette colère ne suffit pas mais elle est légitime. On leur dit quoi penser. Et de surcroît, il y a une hypocrisie totale de cette caste qui vit différemment des Français et qui s’arroge des privilèges, notamment le protectionnisme culturel, que je souhaite évidemment. Mais ils profitent de cette situation et la critiquent chez leurs adversaires.

PHILITT : Je lisais il y a quelques mois la correspondance de Romain Rolland et de Stefan Zweig, deux Européens utopistes. Qu’est ce qui a changé à votre avis depuis un siècle en ce qui concerne l’idéal européen ?

Nicolas Dupont-Aignan : Rien à voir entre un idéal européen qui est un idéal de paix, d’entente et de coopération entre des nations libres pour éviter l’engrenage de la haine et du nationalisme le plus pervers, et la monstruosité technocratique et financière dont a accouché l’Union Européenne. Ce sont deux mondes totalement différents. Et il y a une instrumentalisation parfaite de l’idéal européen par ceux qui ont fait un coup d’état progressif… L’Union Européenne, c’est un coup d’état sur trente ans. C’est un nœud coulant mis autour des nations qui les sert petit à petit. À DLR, nous sommes plus européens que les européistes parce que nous respectons les nations dans leur diversité, nous nous réjouissons que les pays soient différents. Nous pensons que nous devons nous enrichir de nos différences. Nous ne voulons pas tout uniformiser dans une dictature.

PHILITT : Comment revenir à une Europe des nations ?

Nicolas Dupont-Aignan : Ça viendra… Il ne s’agit pas de sortir de l’Europe. Nous n’avons pas à en sortir puisque nous en faisons partie. Nous devons néanmoins rompre les accords et les renégocier. Il faut tout remettre à plat. Les nations ont le droit à l’existence, à la séparation, à la liberté de conscience. Il n’y a aucune fatalité. Ce n’est pas une prison. Nier la possibilité de tout renégocier, c’est déjà se mettre en position d’infériorité par rapport à cette structure. C’est là un point de désaccord avec Asselineau. Parler d’article 50, c’est déjà se soumettre. Nous sommes des nations libres trahies par nos dirigeants. Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est intangible. Au même titre que la liberté des individus. Rien ne peut nous empêcher du jour au lendemain de reprendre notre liberté. Il ne s’agit donc pas de sortir de l’Union Européenne mais de reconquérir notre liberté. Ce qui ne nous interdira en rien de travailler avec les autres pays. Peut-être même que notre exemple les libérera.

PHILITT : Alain Peyrefitte, dans son livre C’était de Gaulle, écrit : « Je croyais qu’il refusait d’établir une filiation quelconque avec qui que ce soit. Et voici qu’il s’est avoué un maître. Entre la France et lui, Charles Péguy a servi d’intercesseur. » Péguy ou d’autres écrivains ont ils également joué le rôle d’intercesseur entre vous et la France ?

Nicolas Dupont-Aignan : Péguy bien sûr. C’est d’ailleurs un scandale qu’il y ait eu autant d’hommages à Jaurès et si peu pour Péguy. Péguy est un grand écrivain français. Il y a quinze ans, je lui ai donné une place dans ma ville à la surprise générale. Malraux également… De Gaulle évidemment.

PHILITT : Qu’est ce qui vous plaît chez Péguy en particulier ?

Nicolas Dupont-Aignan : C’est sa liberté profonde, totale.

François Hollande

François Hollande

PHILITT : Lors de sa dernière conférence de presse, François Hollande a fait preuve d’approximation dans sa maîtrise du français. Lui et son prédécesseur écorchent très souvent la langue française. Les écrits et les discours du général de Gaulle étaient eux au contraire irréprochables linguistiquement et brillants intellectuellement. Comment jugez vous cet appauvrissement de la langue au plus haut sommet de l’État ?

Nicolas Dupont-Aignan : Ce n’est que le reflet d’un appauvrissement généralisé, à la fois de la langue et de la formation dans nos écoles. La précision du vocabulaire exprime la rigueur de la pensée. Mais aujourd’hui le temps médiatique n’est pas le même. Je disais tout à l’heure à mes collaborateurs que je devrais annuler tous mes rendez-vous pour peaufiner mon discours du 12. Certains hommes politiques essaient de résister à cette frénésie médiatique, mais on ne peut pas vivre non plus comme au temps du général de Gaulle. Il faut concilier l’inconciliable.

PHILITT : Quelle serait la solution pour rapprocher les souverainistes français (Chevènement, Philippot, Villepin) ?

Nicolas Dupont-Aignan : C’est tout l’enjeu des prochaines années. Mais ça ne se fera qu’à partir d’une ligne irréprochable. C’est ce que j’avais voulu indiquer quand, par provocation, j’avais évoqué le nom de Marine le Pen comme premier ministre. J’avais cité Chevènement, Montebourg et Marine le Pen et les médias n’ont retenu que cette dernière. J’avais ajouté que cette alliance n’était possible que sur une ligne de rassemblement et de sérénité. La France s’est toujours constituée comme le rassemblement des Français. Son indépendance est indissociable de ce rassemblement. Il ne peut pas se faire sur la désignation de boucs émissaires. Les Français ne feront confiance qu’à un groupe qui rassemble et non qui exclut. Indépendance de la France et rassemblement des Français vont de pair. Tant que l’on n’a pas compris ça, on n’a rien compris. Et on reste l’esclave d’un système qui joue des extrêmes. C’est notre slogan : ni système, ni extrêmes.

PHILITT : Avez-vous pensé aux provocations des médias liées à ce changement de nom. On va rapidement vous accuser de ne plus être républicain…

Nicolas Dupont-Aignan : Ceux qui se disent républicains toute la journée trahissent la France, la République et la démocratie. L’enjeu d’aujourd’hui, c’est  la survie de la France comme nation libre. Et la France est républicaine. De toute façon, je prends le risque. Je pense qu’il faut changer. Que c’est le bon moment.

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