Sabine Melchior-Bonnet : « La solitude est un exercice à la fois physique et spirituel, comme une épuration »
Après Les Revers de l’amour (2019) et Le Rire des femmes (2021), l’historienne Sabine Melchior-Bonnet publie aux PUF Histoire de la Solitude. De l’ermite à la célibattante, ouvrage dans le lequel elle porte un regard sensible et éclairé sur l’histoire des solitaires. PHILITT : Pourquoi selon-vous la solitude constitue-t-elle historiquement une aberration sociale ? Sabine Melchior-Bonnet :…
L’intelligence artificielle : l’oubli de l’art de la mémoire
Esmé L. K. Partridge est chercheuse et consultante, formée à la philosophie de la religion au Clare College (Université de Cambridge). À l’heure où la superstition techno-solutionniste gagne le ministère, qui prétend régler la chute du niveau scolaire en lettres et en mathématiques par la mise en place d’un logiciel d’IA pour accompagner les élèves…
Guillaume Dezaunay : « Une révolution sociale doit nécessairement se fonder sur une révolution intérieure »
Le philosophe Guillaume Dezaunay publie Le Christ rouge (Salvator), un essai qui fonde l’anticapitalisme sur l’interprétation des Saintes Écritures et des textes traditionnels des Pères et Docteurs de l’Église. La spiritualité chrétienne s’y laisse découvrir, en amont de ses concessions mondaines, comme une spiritualité de la désappropriation et de la mise en commun, qui incite…
Étienne Barilier : « Qu’est-ce que la beauté si elle peut cohabiter avec l’inhumanité ? »
L’écrivain et philosophe suisse Étienne Barilier publie Réenchanter le monde. L’Europe et la beauté (PUF), un essai remarquable qui interroge avec érudition et finesse la triple identité du Beau, du Bien et du Vrai héritée de Platon. Occasion de revisiter les grandes œuvres de la culture européenne, de Dante à Céline en passant par Claude…
Une intuition de l’absolu : l’idéal-réalisme de Schelling
Deux cent vingt-trois ans après la parution du Système de l’idéalisme transcendantal de Schelling (1775-1854), Christian Dubois en propose, aux éditions Allia, une nouvelle traduction française. Contre la scission du sujet et de l’objet instaurée par le réalisme et entretenue par l’idéalisme classique, la « philosophie transcendantale » de Schelling reprend le projet kantien pour le prolonger,…
Georges Forestier : « Il existe des parallèles entre le “cas Molière” et les théories du complot »
Professeur émérite de littérature française à Sorbonne Université et père de la « génétique théâtrale », Georges Forestier est le plus grand spécialiste français des dramaturges du Grand Siècle : Corneille, Racine et surtout Molière, dont il a codirigé la réédition des œuvres complètes à La Pléiade. Il a récemment publié Molière, le mystère et le complot, aux…
« Orthodoxie » de Chesterton : la pensée droite face aux folies ordinaires
Publié en 1908, Orthodoxie de Gilbert Keith Chesterton (1874-1936), deuxième partie d’un diptyque commencé avec Hérétiques (1905), répondait à une invective généralisée au sujet de son ton trop impersonnel et journalistique. Les éditions Carmin proposent cette année une nouvelle traduction de cette œuvre inclassable et profondément antimoderne. Chesterton est un auteur protéiforme au style étonnant,…
Yves-Marie Bercé : « Les Temps modernes sont l’époque de la théâtralité »
Dans son dernier ouvrage, Bons princes et ministres haïssables aux XVIe et XVIIe siècles (éditions du Cerf), l’historien Yves-Marie Bercé de l’Institut livre une étude autant historique que littéraire. A travers des récits anecdotiques de princes qui se dissimulent sous un déguisement pour échapper à un funeste destin ou partir à la recherche d’une princesse…
Les métamorphoses de la royauté au Moyen Âge selon Ernst Kantorowicz
Voilà une idée bien ancrée dans l’imaginaire collectif : le monarque d’Ancien régime tire toute sa légitimité de ce qu’il ne doit sa couronne qu’à Dieu. En rester là, toutefois, serait faire l’impasse sur la lente construction du pouvoir royal en Europe et, partant, sur les fondements métaphysiques de l’État moderne. Dans Les Deux corps…
« L’Homme du ressentiment » de Max Scheler ou l’erreur de Nietzsche
Dans L’Homme du ressentiment, le philosophe allemand Max Scheler (1874-1928) accuse Nietzsche d’avoir vu l’origine de cette passion triste dans le christianisme. À ses yeux, il s’agit d’une erreur considérable qui met en question les fondements même de la chrétienté. Pour Scheler, le ressentiment provient bien plutôt du paganisme et trouve son expression la plus…