Isaac le Syrien, le saint qui prie pour Satan

Gregoire Quevreux
ParGregoire Quevreux
Docteur en philosophie.

Forgés dans le feu des catastrophes historiques, les rangs des chrétiens d’Orient ne furent jamais avares en grands maîtres spirituels. Parmi ceux-ci, l’un des plus éminents fut saint Isaac le Syrien (c. 640-700). Issu de l’Église assyrienne, Isaac compte parmi les auteurs ascétiques les plus importants de l’histoire du christianisme. Peu marquée par la spéculation philosophique, son œuvre théologique se fonde sur une analyse fine de la vie mystique, et s’achève sur l’expérience vivante de la grâce toute-puissante et transfiguratrice de Dieu, puissance eschatologique pouvant rédimer l’univers entier, y compris les damnés, y compris les démons, jusqu’au diable lui-même. Isaac le Syrien se présente comme un exemple de paternité spirituelle authentique. 

Saint Isaac le Syrien

Saint Isaac le Syrien est un Père du désert issu de la tradition syriaque, unanimement reconnu comme un grand maître de la vie mystique. Il compte d’ailleurs parmi les auteurs principaux de la Philocalie des Pères neptiques, anthologie de textes ascétiques publiée en 1782, qui eut une influence capitale dans le renouveau spirituel russe du XIXe siècle (ces textes seront par exemple au cœur des fameux Récits du pèlerin russe). Vénéré comme un saint par tout l’Orient chrétien (où il est célébré le 28 janvier), dépassant toutes les frontières ecclésiastiques trop humaines, Isaac fut également inscrit au martyrologe romain en 2024 par le pape François.

De la vie de saint Isaac, nous ne savons pratiquement rien. Les éléments biographiques se rapportant à lui sont en effet particulièrement rares, ce qui n’est peut-être pas si étonnant que cela concernant un homme qui fut un maître de la voie du solitaire, vivant loin des hommes et des tumultes du monde. Car Isaac fut avant tout un ihidaya, terme syriaque qu’on peut traduire littéralement par « singulier », et qui désigne spécifiquement dans la littérature ascétique un anachorète, par opposition au cénobite (désigné par le terme dayraya). Le sens profond du mot ihidaya renvoie à l’idée d’une double unité : unité de la personne avec elle-même, et unité de la personne avec Dieu. Dans la Peshitta (version syriaque de la Bible), le terme ihidaya sert à désigner Adam, le premier homme, celui qui a perdu la double unité, mais également à désigner le « nouvel Adam », le Christ, celui qui a régénéré la double unité. La voie de l’ihidaya qu’emprunte Isaac est donc celle des solitaires souhaitant transformer le « vieil Adam » dans le « nouvel Adam », en restaurant l’unité avec eux-mêmes et en accomplissant l’unité avec Dieu.

Mar Ishaq, pour lui donner son nom syriaque, est probablement né vers 640, dans une contrée qui s’appelle aujourd’hui le Qatar. À une date inconnue, il devint moine. Sa réputation dut être grande puisqu’il fut ensuite ordonné évêque de Ninive (aujourd’hui Mossoul en Irak), à une date également inconnue (la date de 676 fut toutefois avancée). Mais, probablement peu adapté à son rôle et en proie à l’hostilité de sa communauté, il se retira rapidement et retourna au désert pour y renouer avec sa vocation d’ermite. Il se rendit alors dans les montagnes du Khouzistan (au sud-ouest de l’Iran actuel), où il mourut vers 700 au monastère de Rabban Shabour. 

« Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour » (1 Jn 4.8)

L’axiome fondamental de la théologie d’Isaac est que Dieu est amour. Bien évidemment, le terme « amour » ne désigne pas ici prioritairement un affect (bien que cette dimension ne soit pas absente). Son sens profond est d’ordre métaphysique. Il désigne la volonté de Dieu de créer un monde pour communier avec lui, pour lui communiquer sa grâce et le transfigurer. Dieu n’a rien à gagner ou à perdre dans ce processus, puisque par définition il ne peut rien ni gagner ni perdre. La création du monde n’est ainsi motivée que par la charité divine. Elle est purement un don gratuit de l’être, un fruit de l’amour de Dieu. Et parce qu’elle est le fruit de l’amour, la finalité de la créature est de s’unir à son créateur, afin que Dieu soit à la fin « tout en tous » (1 Co 15.28).

L’univers s’enracine donc aux yeux d’Isaac dans l’amour infini et absolu de Dieu. De même, c’est dans et par cet amour indicible et suressentiel que Dieu se révèle et se donne à nous dans sa grâce. Le Dieu d’Isaac n’est donc certainement pas un « Dieu-chiquenaude », à l’instar de celui que Blaise Pascal voyait à l’œuvre chez Descartes, qui se contente de mettre en branle la grande machinerie universelle. Il n’est pas un « grand horloger », mais bien le « Père » qu’appelle à prier Jésus dans le Notre Père, qui a engendré les hommes à son image afin de les faire participer à sa vie divine et à sa gloire déifiante. Aux yeux d’Isaac, l’attitude du créateur envers sa création se caractérise donc par une charité incessante pour toutes les créatures : les mers et les montagnes, les hommes et les animaux, les anges et les démons. Cette idée selon laquelle l’amour divin concerne aussi les démons pourra être jugée bien étonnante ! Mais Isaac n’oublie pas que les démons furent originellement des anges aimés de Dieu. Or, rajoute t-il, Dieu étant immuable et jamais soumis au changement, son amour infini des créatures ne saurait se modifier en fonction de l’état spirituel de celles-ci. Il écrit ainsi dans ses Centuries Gnostiques : « il n’y a ni haine ni ressentiment dans sa nature, ni place plus grande ou plus petite dans son amour, ni avant ni après dans sa connaissance. Car si tous croient que la création a commencé d’exister comme une conséquence de la bonté et de l’amour du créateur, nous savons que ce premier motif ne diminue ni ne change dans la nature du créateur à la suite du cours désordonné de la création. » Rien n’est donc au-delà de la miséricorde infinie de Dieu, et les démons comme les damnés ne font pas exception.

Du sang, du labeur, des larmes et de la sueur

Aux yeux d’Isaac, tout l’enjeu de la vie spirituelle est pour l’homme de répondre librement et positivement au don divin de l’amour. Le salut est toujours ainsi pour lui le fruit d’une coopération de la grâce divine et de la liberté humaine, car s’il ne se fait bien sûr pas sans Dieu, il ne se fait pas non plus sans l’homme. En effet, la participation à la grâce déifiante n’est pas une abolition de la personne, une dissolution de l’identité personnelle dans l’océan de la divinité. Elle est au contraire une transfiguration de la personne, une révélation à l’homme de sa véritable identité, car plus on est en Dieu, plus on est soi-même. Mais cette révélation de l’homme à lui-même, elle est également son dévoilement, sa mise à nu, et elle est à ce titre pour l’homme englué dans le monde déchu la plus terrible de toutes les épreuves, celle que l’ascète va devoir surmonter pour accomplir sa vocation à la sainteté. Telle est, aux yeux de Mar Ishaq, l’essence du « bon combat » dont nous parle saint Paul (« Combats le bon combat de la foi, saisis la vie éternelle à laquelle tu as été appelé » 1 Tm 6.12).

Le Khouzistan

À l’instar de tous les véritables maîtres, saint Isaac enseigne que la souffrance est inhérente à toute vie mystique authentique. Il ne s’agit pas bien sûr de la chercher pour elle-même (dérive masochiste constituant toujours un risque réel, mais bien repérée par la tradition ascétique), mais simplement de ne pas la fuir, car elle est le prix à payer de tout véritable combat spirituel. Fuyez plutôt le soi-disant « maître » qui vous promet une illumination sans douleur ni sacrifice ! C’est sans nul doute un escroc ! Mar Ishaq, lui, ne fait aucun cadeau à ses disciples. Il n’a aucun raccourci facile et flatteur à leur vendre : pas de « doctrine ésotérique », pas de « gnose secrète », pas de « prophétie cachée ». Il estime d’ailleurs que l’intérêt pour ce genre de choses relève de l’illusion spirituelle, et en dernière analyse de l’orgueil. Aux yeux d’Isaac, la mystique n’est pas un jeu de l’esprit. C’est une expérience vivante, forgée dans le sable et les flammes. Tel Churchill s’adressant au peuple anglais, il ne promet ainsi à ses disciples que « du sang, du labeur, des larmes et de la sueur », une lutte sans répit et sans merci contre les démons du désert. Telle est la voie du solitaire, de l’ihidaya.   

Nous l’avons déjà souligné, l’ihidaya cherche à se réunir à Dieu, en se réunissant en lui-même. Le cœur du combat ascétique sera donc la lutte contre les patheiai (terme grec que l’on traduit classiquement par « passions »). Les patheiai sont les impulsions de notre nature déchue qui nous mènent aux péchés et nous éloignent de Dieu. Elles peuvent être physiques ou psychiques, naturelles ou non, et constituent autant de facteurs de dispersion et de dissolution de la personne. Elles sont par ailleurs nombreuses et variées : la colère, la cupidité, l’orgueil, la luxure, l’addiction (drogues, alcool, pornographie…), l’égoïsme, le mépris, la malignité… Les patheiai sont toutes ensemble ce que la tradition ascétique, à la suite de l’Évangile de saint Jean, appelle le « monde ». Mieux vaut ici céder la parole à Mar Ishaq, qui explique dans ses Discours Ascétiques : « « Le monde » est un terme général pour désigner les passions […] : l’amour des richesses, le désir de posséder, les plaisirs corporels issus des passions sexuelles, l’amour des honneurs qui fait naître l’envie, la soif de pouvoir, l’arrogance et la fierté de sa situation, le désir de se parer soi-même avec des vêtements luxueux et de vains ornements, l’envie de se glorifier aux yeux des hommes qui ne mène qu’à la rancœur et au ressentiment, et la peur de la douleur. Lorsque cessent d’agir ces passions, le monde meurt lui aussi. […] Vois laquelle de ces passions te fait vivre. Alors, tu sauras à quel point tu es vivant au monde, et à quel point tu es mort à lui. »

Fanzine punk orthodoxe, inspiré de saint Isaac

Death to the world !

« Mort au monde », tel est le remède d’Isaac, et avec lui de toute la tradition ascétique, aux maladies spirituelles qui accablent l’humaine nature. Mort non pas au monde en tant que création divine bien sûr, mais aux patheiai. C’est ce monde en nous-mêmes qu’il nous faut tuer.Cette médecine nécessite bien sûr de s’imposer une discipline de fer, une crucifixion de tous les instants de l’esprit et du corps. On ne fera pas ici la liste de toutes les recommandations ascétiques de Mar Ishaq. Citons en vrac par exemple : silence, solitude, chasteté, pauvreté, alimentation végétalienne (Isaac ne se nourrit que d’eau, de pain et de légumes), veillées nocturnes, le repentir, vivre dans une cabane ou une grotte, lecture quotidienne des Saintes Écritures et des saints Pères, prières, psalmodie, génuflexion, rejet de tout luxe (et Isaac a une définition très extensive de ce qu’est le luxe, prendre des bains par exemple, ou dormir dans un lit), travaux et exercices physiques (porter par exemple de lourdes chaînes en fer sous la skhima, l’habit monastique des ascètes), pardonner les offenses, faire réminiscence de la mort et du monde à venir (au besoin en dormant dans un tombeau, et/ou entouré d’ossements humains), participer souvent aux sacrements…

Bien sûr, Mar Ishaq n’abandonne pas ses disciples à cette ascèse sans conseils. En bon père spirituel, il leur transmet ainsi tout un savoir-faire, puisé à la fois dans la tradition ascétique et dans sa propre expérience de la vie érémitique dans les déserts d’Arabie et les montagnes d’Iran. Car, on l’a un peu oublié aujourd’hui mais Isaac lui ne l’oublie pas, prier s’apprend. Il donne ainsi par exemple des conseils d’ordre physique sur comment adapter son corps à de longues méditations, ou comment coordonner son rythme respiratoire avec la métrique de la récitation. Mais il donne également des conseils d’ordre psychique, comme par exemple des techniques avancées de concentration, ou encore des méthodes pour chasser les pensées et images mentales qui viennent parasiter la contemplation (ces méthodes relèvent de ce que la littérature ascétique grecque appelle la nepsis, la vigilance). En effet, l’ascète ne doit pas se disperser, mais être totalement et profondément présent à ce qu’il fait, à sa pratique spirituelle, sans aucunes perturbations « mondaines ». Il doit faire silence profondément en lui, afin d’emmener son esprit au-delà de toute représentation intellectuelle. C’est évidemment un état d’intériorité et d’élévation spirituelle très difficile à atteindre, qu’Isaac appelle la « prière pure » (la tradition ascétique grecque parle aussi de « prière noétique »), dans lequel la prière réunifie l’homme et l’unit à Dieu. Il nécessite de la part de l’ascète une maîtrise parfaite de lui-même, de son esprit et de son corps, une victoire complète sur ces facteurs de dissolution de la conscience personnelle que sont les patheiai.

Pourtant, d’aucuns pourront juger que la voie de l’ihidaya que prêche saint Isaac ne laisse guère de place à l’amour du prochain. Où se trouve le commandement d’amour dans cette vie d’ascèse, de solitude et de silence ? Mais à ses yeux, c’est bien en faisant l’offrande de toute sa vie que le solitaire accomplit le commandement d’amour. Il s’offre ainsi en oblation à Dieu pour le salut du monde entier. Isaac rappelle que la vie ascétique est un martyr, un sacrifice à la Vérité, pour la Vérité. L’ascète doit ainsi diffracter dans son propre cœur l’amour infini de Dieu pour toute la création, et sa prière doit s’élever pour la transfiguration de toutes les créatures.

« Il est allé prêcher aux esprits en prison » (1 P 3.19)

Nous avons déjà dit que Mar Ishaq considérait que démons et damnés n’étaient pas au-delà de la miséricorde divine, car tout est à l’origine une créature aimée du Dieu d’amour. Et ce que Dieu aime, il ne peut cesser de l’aimer. Aux yeux d’Isaac, saints et damnés, anges et démons, vivent ainsi tous en présence de l’amour de Dieu. Mais si l’amour divin est béatitude et bonheur indicible pour les uns, il est la pire des tortures pour les autres, car ils doivent vivre en présence d’un amour ineffable sans pouvoir s’unir à lui. Les mots « Paradis » et « Enfer » ne désignent donc pas des lieux, mais les états spirituels des esprits (anges ou démons) et des âmes (saints ou damnés). Le « Paradis » est la communion avec la vie divine, « l’Enfer » en est la désunion. Mais pour Isaac, il est inconcevable de demeurer en présence de l’amour de Dieu et de le refuser à jamais. Il pense donc que les damnés et les démons peuvent toujours se repentir, modifiant ainsi leur état spirituel, et entrer en Paradis. Voilà pourquoi, selon lui, l’ascète doit aussi prier pour les damnés et les démons, voilà pourquoi il faut même prier pour le salut de Satan, car à la consommation des temps, après avoir été tourmentés de façon proportionnée à leurs péchés par l’aiguillon de l’amour, tous pourront entrer dans le Royaume des Cieux.

La théologie d’Isaac se caractérise, on le voit, par un optimisme eschatologique certain. Il ne croit pas à l’éternité des peines de l’Enfer. C’est là pour lui une conception judiciaire bassement humaine qu’on applique de façon blasphématoire aux mystères divins. Son optimisme eschatologique s’explique fondamentalement par la tournure de sa théologie, par le fait que l’amour divin en est le pivot central. En effet, comme nous l’avons dit, le Dieu d’amour crée l’univers pour pouvoir communier avec lui, pour pouvoir s’unir à ses créatures et être « tout en tous » comme le dit saint Paul. Dans cette perspective, qu’un seul être demeure en Enfer, en dehors de la communion, serait une défaite de l’économie divine. Et comment le Dieu omnipotent pourrait-il connaître une telle défaite ? Quelle créature pourrait avoir assez de force pour refuser à jamais sa grâce toute-puissante ? Mais on pourrait répondre à saint Isaac que si le mystère de la liberté de la créature est bien de pouvoir dire « oui » et d’accueillir la lumière ineffable, n’est-il pas aussi de pouvoir dire « non » et de la refuser pour toujours ? Perseverare diabolicum est, dit-on. Nonobstant, si l’optimisme eschatologique de Mar Ishaq ne constitue qu’une opinion libre, il peut toutefois aussi être une grande espérance. Et espérer n’est-il pas une raison suffisante pour prier ?

Icône de l’échelle de saint Jean Climaque

Que peut nous apporter aujourd’hui saint Isaac ? Il est évident que la voie de l’ihidaya qu’il décrit n’est pas pour tout le monde ! Lui-même aurait absolument déconseillé de s’y engager sans y être soigneusement guidé par un père spirituel confirmé. Tous les Pères du désert rappellent que se livrer par excès d’enthousiasme à une ascèse à laquelle on n’est pas préparé ne fait que mener à des pathologies physiques, psychiques, et spirituelles ! Ce conseil n’est d’ailleurs pas réservé aux quelques-uns qui souhaitent devenir des solitaires. Il est valable pour toute personne souhaitant simplement cultiver sa vie spirituelle, à son échelle et à son niveau. Si la plupart des recommandations ascétiques d’Isaac sont inadaptées au tout-venant, son insistance sur la nécessité d’un guide dans la vie spirituelle est peut-être son enseignement le plus actuel pour le commun des mortels. Ne croyons pas les orgueilleux et les « rebellocrates » (pour reprendre cette truculente expression de Philippe Muray), il n’y a rien de dégradant à avoir un maître, si ce maître vous fait bénéficier de sa sagesse et vous apporte son aide dans la vie spirituelle. Le problème est d’en trouver un en qui avoir confiance. C’est là un vrai défi dans notre époque de mensonges et de falsifications, où pullulent les escrocs et les abuseurs, les « grands initiés » et les « life coachs ». Où s’y retrouver dans ce chaos babylonien où toute spiritualité semble vouée à devenir un bricolage mal fichu et mal ficelé, à coup de relativisme chic et de pseudos « vérités cachées ». Mais justement, l’enseignement de Mar Ishaq nous dit comment reconnaître un maître spirituel authentique. C’est un homme qui, à l’instar de saint Isaac, ne vit que de la Vérité, qui ne vit que du Christ. C’est un ascète qui a vaincu les démons, qui a excorié les patheiai de sa nature déchue. C’est un père qui ne vous demande que votre sincérité et qui n’a besoin de rien d’autre, car il crucifie déjà chaque jour le monde en lui, et dont la prière s’élève jusqu’aux anges et aux étoiles. Voici les seuls guides que nous devons suivre dans notre vie spirituelle. De tels hommes sont rares, c’est certain. Mais ne croyons pas les cyniques qui disent qu’ils n’ont jamais existé, ou les demi-habiles qui disent qu’ils n’existent plus. Ces hommes existent bien, et ils forment depuis l’ancienne Galilée une longue chaîne d’or qui jamais ne rompit, et jamais ne rompra.  

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